Sam Borenstein (Samuel Borenstein)
1908-1969
Né à Kalvaria, en Lithuanie, il est le cadet d’une famille de quinze enfants. Sa mère meurt de l’influenza lorsqu’il a neuf ans. Sa mère décédée, ses frères et sœurs quittant le foyer familial et son père étant trop occupé pour lui accorder de l’attention, Borenstein se sent très seul. Ce sentiment de solitude l’habitera toute sa vie.
En 1921, à l’âge de 13 ans, il émigre à Montréal avec sa sœur et son père. Quatre de ses frères sont déjà au Canada. Il s’installe chez l’un deux et est inscrit à l’école locale, dans une classe d’élèves plus jeunes que lui pour qu’il fasse du rattrapage. Un an plus tard, l’adolescent ombrageux est envoyé à Ottawa, où sera l’apprenti d’un fourreur pendant deux ans. Il revient à Montréal et travaille dans une manufacture de vêtements, travail qu’il reprend périodiquement au cours des seize années suivantes. Il apprend à lire l’anglais par lui-même, et devient un lecteur vorace. Son manque de formation formelle lui rendant inaccessible l’École des Beaux-Arts de Montréal, il suit des cours du soir. Un ami emmène Borenstein avec lui quelques soirs au Monument National, pour suivre des cours de sculpture qui mèneront à son admission aux études en sculpture auprès d’Elzéar Sousy. Il étudie également auprès des peintres canadiens Adam Sherriff-Scott et John Y. Johnstone, qui lui permet de venir à son atelier le samedi après-midi pour des séances de dessin.
En 1930, Borenstein commence à dessiner et à peindre sérieusement. Pendant les années qui suivent, il travaille avec d’autres peintres qui lui font part de critiques constructives, notamment Goodridge Roberts, Alexander Bercovitch, Fritz Brandtner, Louis Mulhstock, Heman Heimlich and Adam Sherriff-Scott. Il découvre l’œuvre des Van Gogh, Vlaminck et Soutine, qui auront une influence certaine sur lui.
Pendant la Grande Dépression, Borenstein perd son emploi à la manufacture de vêtements; cette période lui fera vivre des moments difficiles: dormir dehors, être sans le sou, fréquenter les soupes populaires, dépendre des autres pour l’hébergement. Un accident impliquant huit employés à la manufacture de vêtements le ramène au travail. Il se marie en 1933, mais l’union se soldera par un divorce, conséquence du refus de Borenstein de renoncer à l’art. Il croit en son talent et continue à peindre. Pour compléter son salaire, il vend des toiles à ses patrons et collègues. Il présente également ses œuvres à des cabinets de dentistes et de médecins.
En 1937, il fait connaissance avec Judith Aron par l’entremise de l’artiste canadien Ernst Neumann au Art Association of Montreal. Ils s’épousent en 1938 et l’année suivante, s’embarquent pour l’Europe. Ils séjournent à Paris et en Bretagne, où Borenstein peint jusqu'à ce que la perspective de la Guerre lui parvienne. Avertis de quitter la France par l’Ambassade du Canada, ils partent pour l’Angleterre. Borenstein vend quelques toiles à Londres puis, faute d’argent, le couple revient à Montréal.
À son retour, Borenstein présente sa première exposition individuelle dans une galerie de Montréal. Bien qu’aucune vente n’en résulte, tant la critique que les artistes remarquent son travail, notamment à cause du fait qu’il expose depuis 1935 avec l’Académie Royale des Arts du Canada. Il participe aussi à l’Exposition d’Art Canadien organisée par le Musée des Beaux-Arts du Canada à l’occasion de l’Exposition Universelle de New-York en 1939.
En 1940 il devient membre de la Société d’Art Contemporain. À peu près à ce moment, il commence à peindre dans les Laurentides, au nord de Montréal, où il se rendra plus souvent après l’achat d’une automobile en 1946; il se rend aussi en Gaspésie en 1945 et en 1946. À ce stade de sa carrière, Borenstein expose surtout lors d’expositions collectives du Art Association of Montreal mais les ventes tardent à se concrétiser, et l’argent est rare…
Suite à la naissance de son fils en 1947, il accroît ses revenus en convertissant son auto en taxi, travaillant à titre de chauffeur indépendant jusqu’à ce qu’un ami lui suggère d’acheter et de vendre les œuvres d’autres artistes. Il loue un local en 1948, y vend des antiquités et des tableaux, puis ferme boutique après huit mois, incapable de transiger avec les clients.
Pendant les années 1950, Borenstein peint, expose et vend quelques œuvres. En 1953, il participe à une exposition collective au Musée des des Beaux-Arts de Montréal. Après la naissance de ses deux filles au milieu de la décennie, Borenstein vend quarante toiles à un commerçant Montréalais, ce qui lui permet de trouver un logement dans un quartier de classe moyenne. Borenstein fait des randonnées automobiles avec sa famille dans les Laurentides, où il peint. En 1958, il loue une ancienne école au Lac Brûlé dans les Laurentides pour y peindre, ainsi que dans les environs. Il achète l’école en 1963 et passe plus de temps dans les Laurentides.
Toujours en 1958, Borenstein fait connaissance avec A.Y. Jackson et ils deviendront bons amis. A.Y. Jackson lui rend fréquemment visite à sa maison des Laurentides; pendant les dix années qui suivent, ils font des excursions de peinture dans la région. À la même époque, une galerie montréalaise commence à consacrer des expositions individuelles à Borenstein (1958-1962), qui compte maintenant parmi ses amis certains des plus grands noms de l’art au Canada: Sylvia Ary, Lorne H. Bouchard, Herman Heimlich, A.Y. Jackson, Arthur Lismer, Henri Masson, Robert Pilot, Goodridge Roberts and Ernst Neumann.
En 1962 il suit une formation en enseignement auprès de Arthur Lismer pour être en mesure de donner des cours aux patients de l’Hôpital Général Juif de Montréal. En 1966, l’Université Concordia présente une rétrospective qui compte une cinquantaine de ses œuvres, toutes époques confondues. Une exposition individuelle dans une galerie de Montréal suit la même année.
En 1967, Borenstein apprend qu’il est attaint du cancer de la prostate. Il continue néanmoins de peindre jusqu’à son décès à Montréal, à l’âge de 61 ans. En 1974, la Art Gallery of Hamilton lui consacre une rétrospective. Le Musées des Beaux-Arts de Montréal fait de même en 2005.
Collections:
- Musée des Beaux-Arts de Montréal (Montréal, QC)
- Musée des Beaux-Arts du Canada (Ottawa, ON)
- Art Gallery of Ontario (Toronto, ON)
- Musée National des Beaux-Arts du Québec (Québec, QC)
- Art Gallery of Hamilton (Hamilton, ON)
- Winnipeg Art Gallery (Winnipeg, MN)
- Hishhorn Museum, Smithsonian Institute (Washington D.C., USA)
- Université Concordia (Montréal, QC)
- National Portrait Gallery (Ottawa, ON)
- Hôpital Général Juif de Montréal (Montréal, QC)
Affiliations:
- Sociét d’art contemporain (1940)
- Groupe du Québec Moderne